Poems from Pledge, Turn, and Prestige
GÉRARD MACÉ
translated by SAMUEL MARTIN

​J’appelle Amazonie

la région de l’esprit où tout respire
sous une canopée que je n’ai pas connue.
Mais j’ai tant lu au milieu des fougères, et sous les feuilles
d’un philodendron qui filtrait la lumière,
emporté par mon livre qui battait de l’aile
dans le grand cycle du carbone et de la chlorophylle,
que le soleil tamisé se confondait avec la lampe.

Et les auteurs anciens avec ces perroquets
qui survivent dans la jungle, en parlant la langue
d’une tribu dont tous les membres sont morts.






Calligraphe à l’eau

qui se méfiait d’une encre trop noire, calligraphe à l’eau
sur une terre qui boit comme un buvard, je t’ai suivi
quand tu marchais à reculons en traçant des sutras,
des poèmes qui devenaient des taches en séchant
sur le sol, dans la lumière du matin,

pendant qu’autour de toi des gymnastes en satin
esquissaient les mouvements d’une danse au ralenti
qui cherchait à célébrer l’accord avec le monde
et le culte de la santé.

Mais le solitaire dans la foule, qui fendait l’air
avec la main comme d’autres avec un sabre
et dessinait d’invisibles caractères avec son corps,
contre qui s’escrimait-il ? Contre la moitié de lui-même
qui refusait le monde, ou contre les ombres
encombrant le chemin?






Par le son grave

des trompes tibétaines : est-ce bien ainsi
que tout a commencé ? Ou par un vent
qui a donné des rides à l’univers, et des cordes
à nos instruments ?

La musique beaucoup plus tard, c’est nous
qui l’avons inventée. Musique pour courir
après le temps mais précéder les saisons, musique pour faire éclore 
un coeur jaune dans la fleur blanche du frangipanier,
musique pour accompagner la fuite éperdue
d’une femme apeurée par les éclairs.

Mais c’est en silence que monte et descend
l’argile en giration sur le tour du potier,
tournant comme un astre en formation
dans la main du dieu qui l’empêche de tomber.






Je joue avec ma mémoire

comme un enfant avec une balle ou un toton,
ou comme les chats qui font un même usage
du mort et du vif, quand ils jouent
avec une bobine ou une souris.

Mais la mythologie décousue que j’invente
avec mes souvenirs ne me dit pas où vont les morts
quand ils ne reviennent pas nous visiter en rêve.

Ne dit rien non plus des lubies des dieux
dans un coin du ciel, de leurs métamorphoses
et de leur disparition au profit d’un seul.






La formation des mots

ressemble à celle des étoiles (une haleine qui devient sonore,
un gaz qui devient solide) et leur disparition aussi,
quand la matière noire s’effondre sur elle-même.
Car des systèmes qui s’ignorent ont de secrètes
correspondances, comme la musique et les cristaux,
les masques et les papillons dévorés par de grands yeux,
le morse et la lumière intermittente de l’univers.

Le linguiste et le jongleur, sans le savoir
se livrent au même exercice : ils inventent
un mouvement perpétuel en lançant des balles
ou en dressant des listes, ils imitent la position des astres
en récitant des déclinaisons.






De la poussière au fond de l’eau

c’est la matière de nos souvenirs, qui troublent la vue
quand ils remontent à la surface en frôlant
des poissons aveugles, au point que le nageur
a du mal à retrouver l’air libre et la lumière.

C’est une corde tressée comme un cordon ombilical
qui lui sert de fil d’Ariane entre deux eaux,
une corde d’arpenteur qui lui permet ensuite
de mesurer la distance entre les étoiles, quand il est redevenu
rêveur et géomètre, et qu’il monte les marches
d’un observatoire pour regarder le ciel.

Un ciel où il trace des figures sur un fond noir
pour déchiffrer une langue morte et lumineuse.








Promesse, tour et prestige, Gérard Macé © Editions Gallimard, Paris, 2009
The Adirondack Review
SPRING 2016
Amazonia is the name I give

to the region of the mind where everything breathes
beneath a canopy I’ve never known.
But I’d read so much amid the ferns, and under the leaves
of a philodendron that filtered the light,
carried off by my book which beat its wings
in the cosmic cycle of carbon and chlorophyll,
that the sun, seeping through, was blended with the lamp.

And the authors of old with those parrots
that survive in the jungle, speaking the tongue
of a tribe whose members are all long dead.






Water calligrapher

wary of ink too dark, water calligrapher
on an earth that absorbs like blotting paper,
I followed your retreating steps as you traced sutras,
poems that turned to stains, drying
on the ground in the morning light,

while around you, gymnasts clad in satin
made the steps of a slow-moving dance
that sought to honor the cult of health
and harmony with the world.

But the lone man in the crowd, who with his hand
cleaved through the air as others do with sabers,
and drew invisible characters with his body –
whom was he dueling? One half of himself
that refused the world? Or rather the shadows
strewn across the path?






The deep sound

of Tibetan horns: is that the way
it all began? Or with a wind
that wrinkled the universe
and stringed our instruments?

We’re the ones who invented music
a long while later. Music to chase after time
but to precede the seasons, music to make a yellow heart
open in the white flower of the frangipani tree,
music to accompany the headlong flight
of a woman afraid of lightning.

But it’s in silence that the spinning clay
moves up and down on the potter’s wheel,
turning like a star being born
in the hands of the god who won’t let it fall.
I play with my memory

like a child with a ball or a spinning top,
or cats who make identical use
of the dead and the living, when they play
with a mouse or a spool of thread.

But the disjointed myths I invent
with my memories fail to tell where the dead end up
when they don’t return to visit us in dreams.

Nor tell anything of the whims of the gods
in a corner of the sky, their metamorphoses
and their giving way to one and one alone.






The formation of words

is like that of the stars (a breath become sound,
a gas become solid) and their disappearance, too,
when dark matter collapses on itself.
For systems unknown to one another have secret
relations, like music and crystals,
masks and the butterflies engulfed by giant eyes,
Morse and the universe’s intermittent light.

Unbeknown to them, the linguist and the juggler
embark on the same task: they invent
perpetual motion by tossing balls
or drawing up lists; with varying inflections
they mimic the arrangement of the stars.






Dust sunk deep in water

is the stuff of our memories, blurring our sight
when they rise to the surface again and brush
against blind fish, so much so that the swimmer
has trouble returning to free air and light.

A line curled like an umbilical cord
is his Ariadne’s thread beneath the water,
a surveyor’s chain that allows him then
to measure the distance between the stars,
when he is once more dreamer and geometer,
climbing the observatory steps to watch the sky.

A sky where he traces figures against the black
to decipher a dead and luminous tongue.
Poet, essayist, translator, and photographer, GÉRARD MACÉ (born in Paris in 1946) is one of the most acclaimed and distinctive voices of his generation in France, and in 2008 was awarded the Grand Prize for Poetry by the Académie Française for his body of work. His latest volume of poems, Homère au royaume des morts a les yeux ouverts, appeared in 2015. He is currently completing the third installment in a series of reflections, notes, and anecdotes collectively entitled Pensées simples



SAMUEL MARTIN is a translator and lecturer in French at the University of Pennsylvania. He extends sincere thanks to the following people (one for each of the poems that appear here), without whom these translations would not have been possible: Guillaume Paugam, Caroline Grubbs, Mélanie Péron, John and Jan Martin - and lastly Gérard Macé himself, for his attentiveness and generosity.